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Mise à jour :
09 février 2005
© pierre salducci - 2002

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L a p e t i t e h i s t o i r e
d e
N o u s t o u s d é j à
m o r t s
Ce roman, je l'ai écrit entièrement à Rouen,
au cours de la période de 18 mois
pendant laquelle je suis retourné vivre en France. C'est le seul de mes livres qui se soit écrit en dehors de la terre du Québec. Tous les autres sont québécois. Et c'est également le seul
de mes livres qui se soit écrit dans son ordre chronologique, c'est-à-dire que c'était la première fois que j'écrivais l'histoire en suivant le cours de son déroulement, au fur et à mesure que les événements se présentaient.
-
Tous mes autres livres ont été écrits dans un ordre déconstruit, reconstruit,
et déconstruit de nouveau plusieurs fois, y compris ce site.
(Ci-contre,
l'église Saint-Maclou, à Rouen, que
je voyais de ma fenêtre en écrivant Nous tous déjà
morts.)
Autre particularité, le projet d'écriture du livre a obtenu le soutien
de la
Fondation Cyril Collard, ce qui m'a valu
une bourse d'écriture
qui m'a permis de vivre pendant la période de rédaction du livre.
J'avais déjà été boursier du Conseil des Arts et des Lettres du Québec en 1996,
mais ça ne s'était pas passé de la même
façon. Je n'ai finalement jamais écrit le livre pour lequel j'avais obtenu la bourse, tout du moins pas sous la forme qui avait été proposée au
début du projet. Ce n'est donc pas le même sentiment d'accomplissement.
Le temps était venu pour moi d'aller jusqu'au bout du dire, et de faire le sacrifice de cet ultime aveu, fut-ce par l'entremise de Pierre Fortin. J'ai appris que la Fondation donnait des bourses (il fallait être séropositif, c'était bien la première fois que la séropositivité pouvait rapporter quelque chose !), j'ai écrit,
et on m'a répondu.
Il a fallu déposer un dossier, écrire plusieurs fois, donner des renseignements complémentaires.
Je me souviens d'une procédure assez longue et très sérieuse. Et puis, finalement, j'ai appris que j'avais la bourse au montant exact que j'avais demandé. C'était parfait, idéal !
À ce moment-là, la première chose qu'on se dit, c'est «pourvu que j'y arrive !»
On n'a même pas le temps de se réjouir qu'on pense au défi que cela constitue,
et Nous tous déjà morts était tout un défi.

Je pensais souvent au fait d'avoir reçu une bourse
de la Fondation Cyril Collard pour écrire ce
livre.
J'ai toujours été très fier d'être associé indirectement au nom de Cyril Collard.
Je n'avais vu son film
Les Nuits Fauves qu'un an plus tôt, à la télé. Auparavant, j'avais une perception assez confuse de
l'univers de Cyril Collard et la façon dont la presse avait présenté le
personnage ne m'avait pas donné envie d'aller voir son film. Mais quand je l'ai
finalement vu, j'ai vraiment été impressionné. J'ai trouvé que c'était un beau film, très littéraire.
Avec des rôles, des moments et des échanges inoubliables.
-
J'ai beaucoup pensé à Cyril Collard pendant la rédaction de
Nous tous déjà morts, j'ai également souvent pensé à sa mère et à cette fondation qui m'offrait la chance d'écrire dans de si bonnes conditions. Je n'avais jamais connu ça auparavant. Et j'ai gagné mon défi ! Le livre est né. Fidèle au projet d'origine.
Pour décrire le personnage du jeune homme malade,
je me suis beaucoup inspiré de toutes les personnes atteintes du sida que j'ai
eu la chance de cotoyer avant qu'elles ne soient emportées. Je les ai vu
changer, je m'en souvenais parfaitement. J'ai essayé de rendre leurs mouvements
et leur apparence physique si particulière.

Pour
Nous tous déjà
morts, j'avais tout le livre en tête avant même de
commencer. J'avais
les scènes principales, le déroulement de l'intrigue, la construction du suspens et du questionnement, les lieux et les personnages, j'avais le ton, la dimension idéale,
j'avais tout mais impossible de trouver la fin!
-
J'avais beau remuer ça dans tous les sens, je ne voyais pas de fin qui puisse convenir à tout ce qui précédait, qui bouclerait bien l'affaire tout en éclairant le livre d'une lumière nouvelle.
(En
médaillon: Cyril Collard)
Les mois passaient, j'avançais dans le livre,
je m'approchais de plus en plus de la fin... si ce
n'est que je n'avais toujours pas de
fin ! Quand je me suis retrouvé à quelques pages seulement du terme de mon inspiration, la question a commencé à revêtir un caractère urgent.
Alors que je risquais de me mettre à angoisser sérieusement, j'ai décidé de faire confiance à mon texte et de continuer
jusqu'au point de séchéresse ultime. Et c'est là, tout à coup, alors
que je me croyais arrivé au terme de mon inspiration, qu'une image s'est imposée comme
étant celle qui permettrait au livre de se conclure.
En fait, cette image est un reprise de ma part. Je suis allé la rechercher dans le petit roman incroyablement ancien,
Un Caillou dans les
lentilles, que j'avais écrit au collège. Dans ce texte déjà, le personnage (moi ?) regardait l'eau en rêvant de la même façon. Par quelle étrange association en suis-je venu à repenser à ce texte et à cette image ? Je n'en ai aucune idée !

Nous tous déjà morts
est construit comme une tragédie antique.
Unité de temps, unité d'action et unité de lieu. De plus, on sait ce qu'il va advenir
du personnage dès les premières pages du livre, son sort est réglé d'avance, dès
lors ce n'est plus l'issue du combat qui importe mais les règles de l'art déployées
au cours du combat.
-
Si j'ai pu écrire mes précédents livres en partie pour moi, parce que j'y trouvai mon compte,
Nous tous déjà morts a été entièrement écrit pour les autres.
Je l'ai écrit pour pour qu'on
se souvienne, qu'on sache à quoi ont ressemblé les
années d'héroïsme de ceux qui ont vécu le sida.
Je l'ai écrit pour les séropositifs, qui retrouvent là l'écho de leur propre vie, et pour ceux qui ne le sont pas mais qui doivent savoir aussi.
Je ne dirais pas que je n'y trouvais pas du tout mon compte, ce serait mentir,
mais ce que le livre pourrait apporter aux autres a été la part
déterminante dans toute ma démarche.
(Ci-contre,
le belvédère du parc des Buttes- Chaumont à Paris où se situe
l'histoire du livre. )
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