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Mise à jour :
09 septembre 2005
© pierre salducci - 2002

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C
h r o n i q u e u r l i t t é r a i r e
En tant que critique littéraire, Pierre Salducci a couvert la production québécoise
contemporaine dans Lettres Québécoises
et XYZ, la revue de la nouvelle, puis
dans les pages du Devoir pendant deux
années entières, en 1992 et 1993. Il a également couvert la littérature québécoise
sur les ondes de Radio-Canada, chaîne culturelle, pour l’émission En
toutes lettres.
Lire
également à ce sujet :
Être
critique au Devoir
pendant deux années
entières, couvrir la littérature québécoise quand on est immigrant, et pire
encore quand on est Français, avec tout le lot de polémiques que cela
comprend, il faut bien comprendre que c’est énorme.
«Quand
je relis aujourd'hui les chroniques de ces années, je vois nettement dans mes propos les procédés de l’étudiant
scrupuleux. Je me trouve plutôt bien attentionné et rigoureux,
très explicatif. Pour toutes
ces raisons sans doute, le ton est souvent celui d’un travail scolaire. Je ne sais pas
quel ton j’adopterais si je devais recommencer, mais il est clair que je m’abstiendrais
de toute remarque ou jeu de mots facile aux dépends des auteurs ou des livres.
Parce que ça, je l'ai remarqué.»

«À cette époque,
je n’avais jamais publié de livres et je ne savais rien de
ce que l’on ressent lorsqu’on est analysé et évalué par un inconnu
qui s’adresse à la face du monde en décrétant « Voilà ce que ça
vaut » en des termes plus ou moins agréables à entendre.
«Quand
j’ai commencé à publier des livres, j’ai éprouvé le poids de la critique
vécu de l’autre bord.
J’ai compris brusquement ce que j’avais pu faire à
d’autres et j’en ai été gêné.
-
«Je crois qu’il y a moyen de dire les
choses honnêtement sans aller jusqu’à blesser quiconque dans son amour
propre. Je me suis rendu compte que les auteurs, comme tous les artistes, font
un véritable don de soi lorsqu’ils écrivent un livre et que la critique ne
peut pas se permettre d’en rire, encore moins de balayer d’un revers de la
manche tout le travail que cela représente comme si cela n’existait pas.
«Malheureusement,
la majorité des chroniqueurs littéraires ne s’arrêtent pas à de telles
considérations
et ont plutôt tendance à ne penser qu’à leurs lecteurs, ne
ratant aucune occasion de faire de l’esprit ou de placer un bon mot.
Par définition,
le critique se retrouve en permanence entre l’arbre et l’écorce;
c'est-à-dire, d'un côté, les
lecteurs et l’objectivité de la presse, et de l’autre, un
journal à faire tourner, l’industrie du livre et les intérêts de chacun.»

J'ai toujours entendu dire, par tout le monde, que j'avais été un critique sévère, offensant,
et que j'avais fait du mal au point de provoquer de véritables mouvements de réaction contre moi. Je l'ai toujours entendu dire, c'est vrai, dès les premières années, et je l'entends dire
encore. Cela m'a brouillé de pratiquement tout le monde, mais honnêtement, je ne l'ai jamais cru.
-
Je n'ai jamais trop compris pourquoi on disait cela de moi.
Je ne me voyais pas comme ça. J'avais plutôt l'impression de faire mon
travail, de façon scrupuleuse, dans l'intérêt des lecteurs, des auteurs et de
la littérature. D'être sévère parfois, oui, mais jamais sans raison.
«Pour régler la question une
fois pour toutes, j'ai décidé de retourner aux sources.
J’ai relu tous mes articles publiés au Devoir et je les ai classés en trois catégories :
D'abord les
franchement positifs et les plutôt positifs, ensuite les franchement négatifs et les
plutôt négatifs, et enfin les avis mitigés ou entre les deux.
-
Pendant ma période
au Devoir, j’ai commenté 81 livres
[ 2 ans passés
à lire et à écrire à temps plein jusqu’à s’user le cerveau ].
-
Après classement,
les articles étaient répartis comme suit : 13 livres ont reçu un
avis mitigés, 32 étaient plutôt négatifs et 36 plutôt positifs. Comme quoi,
ma réputation de sévérité n'était pas franchement méritée.

Ce
qui me fascine le plus dans cette histoire, c'est
de constater que très peu de tous ces auteurs que j'ai critiqués dans Le
Devoir ont continué à produire ou ont fait une carrière par la suite.
En effet, la grande majorité des
gens dont j'ai parlés n'a jamais publié d'autres livres, et ces auteurs sont
restés pour la plupart totalement inconnus du grand public.
Il
faudrait un jour se décider à se demander pourquoi tant d'auteurs, au Québec
comme ailleurs, ne font plus que des apparitions ponctuelles en littérature et
disparaissent presque aussitôt dans l'indifférence générale. Il me semble
que les écrivains faisaient carrière autrefois, non?
Aujourd'hui,
le livre apparaît de plus en plus comme l'élément d' une carrière -
notamment pour les journalistes et les personnages publics - mais guère plus.
Il faudrait quand même se décider à se demander pourquoi si peu d'auteurs
parviennent à faire véritablement carrière chez nous? Peut-être aussi qu'on
en a dégouté tous les nouveaux aspirants ! Mais c'est autre chose...
Quoi qu'il en soit, cela donne à réfléchir sur la relativité de ce que l'on vit.
Ce
qui était hier si important, pour lequel les gens se sont battus, se sont
disputés, se sont sentis frustrés, mal compris, ont riposté par écrit, ont
exprimé leur indignation..., tout cela finalement est totalement tombé dans
l'oubli. Exactement comme si cela n'avait jamais existé.
Beaucoup
de bruit pour rien, disait
l'autre...
En
lire plus sur Pierre Salducci au Devoir :
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