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Mise à jour :
25 juillet 2005

© pierre salducci - 2002

 

          T e x t e s   i n é d i t s

 

Communication écrite pour le 2e colloque international Homosexualité, révélateur social, Rouen, octobre 2004.

Ce texte a été écrit pour l'éditorial du bulletin Le Point de vih+ quand j'en étais le rédacteur en chef. C'est un appel à une séropositivité affichée. Il a été repris par le magazine L'Itinéraire qui m'a demandé en même temps de tenir une chronique sur le vih à partir de septembre 2003.

L’Union des écrivains gais a pour mandat de regrouper les auteurs dans le but de mettre fin à l’isolement et d’offrir des services professionnels dans un esprit de solidarité.

Dans la nuit du 13 au 14 avril 2003, les locaux des éditions Blanche, à Paris, ont été saccagés par des membres d’Act Up en réaction à la publication du nouveau roman de Erik Rémès... C’est dire la violence des réactions que peut provoquer ce livre.

Nouvelle d'une page, écrite à Rouen en mai 1999 et publiée à l'automne dans le numéro 82 / Scènes de la vie gaie, de la revue Moebius. 

À l'été 1997, ma relation avec Claude prend fin brutalement et je me retrouve tout seul dans un 3 et demi du Centre-Sud, rue Cartier, à Montréal. Je broie du noir et c'est là que je rédige une première préface pour Journal de l'infidèle. C'est un texte très sombre, que j'ai décidé de changer complètement par la suite. Le voici en exclusivité sur ce site.

  • Représentation de l'identité gaie dans les romans québécois

En exclusivité sur ce site, voici deux chapitres du mémoire de maîtrise de Jean-François Quirion portant sur Journal de l'infidèle ( Université de Sherbrooke, Québec, avril 2002).

 

 

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Une question de survie

 

Dès 1969, inspirés par la révolte de Stonewall, aux États-Unis, les "homosexuels" - comme on les appelait alors - ont découvert les avantages du nombre et ont commencé à se constituer en communauté organisée. De ce mouvement est né un nouveau mode de vie qui a lui-même donné naissance à des goûts communs - souvent issus de notre expérience commune : l’homosexualité elle-même. Les gays se sont découvert des revendications mais également une envie de créer et de s’exprimer, d’autant plus forte qu’il avait été impossible de le faire pendant trop longtemps. C'est cet ensemble de facteurs que désigne habituellement l’expression «culture gaie».

Au cours des années 80 aux États-Unis, mais surtout à partir des années 90 en France, la culture gaie s’est enrichie d’une littérature, d’une expression distincte, reflet de notre réalité distincte. Sous le choc de l’apparition du sida, de nombreux écrivains homosexuels décident d’aller plus loin et d’explorer les formes d’un nouveau rapport à l’écriture. Les masquent tombent. Se voyant condamnés à plus ou moins long terme, plusieurs se disent qu’ils vont en profiter pour se vider le coeur et pour tout dire. Une nouvelle sincérité apparaît, qui repousse encore plus loin les frontières des tabous et de l’ordre moral. On découvre alors une littérature qui revendique, qui s’écrit au «je» et assume déjà pleinement, comme spontanément, tous les principes de l’autofiction.

Depuis les années 90, et maintenant au tournant des années 2000, l’essor de la littérature gaie reste sans précédent. Des maisons d’édition sont nées et il en apparaît sans cesse de nouvelles. Des collections gaies ont vu le jour en France, en Belgique et au Québec. Des librairies se sont ouvertes non seulement à Paris, mais également un peu partout en Europe. Quant aux livres et aux auteurs, ils se sont multipliés à un rythme tout simplement fulgurant. Certains connaissant même un succès remarquable au sein de la communauté. 

Ainsi, sur le plan de la littérature, l’émergence, le développement et l’industrialisation de notre écriture gaie est très certainement un des phénomènes majeurs de ces deux dernières décennies.

Faites l’exercice et regardez derrière vous. Regardez ce qui s’est fait au cours des vingt dernière années en littérature et demandez-vous quel mouvement ou quelle école a connu une telle expansion, a suscité autant d'oeuvres remarquables tout en générant des emplois, grâce à la mise en place d’un véritable réseau de diffusion et de production. Vous n’en trouverez pas. Ce qu’a fait la littérature gaie dans ces 20 dernières années est tout simplement unique. Aucun autre courant littéraire n’a connu un tel développement et ne s’est imposé avec autant de force et de vitalité. Partout autour de nous, le riche et très subventionné monde de l’édition et de la littérature se plaint d’un manque d’inspiration, cherche en permanence un impossible renouveau, tandis que la littérature gaie, sans moyen ni soutien, performe à des sommets rarement atteints.

Maintenant regardons les traces que cette littérature exceptionnelle a engendré dans la société hors de notre communauté :

·        La littérature gaie est dramatiquement absente des médias grand public. Où sont les dossiers consacrés à nos auteurs et à leurs livres dans les pages des quotidiens et dans les magazines spécialisés? Où sont-ils à la télé et la radio? Force est de constater qu’ils ne sont représentés ni à leur juste place ni à la juste mesure.

·        La littérature gaie fait encore l’objet d’une mise à l’écart systématique de la part de nombreux éléments du circuit du livre, qu’il s’agisse de libraires, de chroniqueurs, de diffuseurs, de relationnistes, etc. Cette attitude peut se traduire par un refus de vendre ou d’informer, une absence totale d’intérêt pour le produit, une gêne à en faire la promotion.

·        La littérature gaie n’est évidemment pas enseignée dans les écoles et guère plus dans les universités. Alors qu’aux États-Unis et dans certains pays, les gay studies sont déjà des institutions et ont permis la consécration d’auteurs comme Felice Picano, Edmund White ou Andrew Holeran. On attend encore de telles mesures dans le monde de la francophonie.

·        La littérature gaie ne bénéficie d’aucun programme de subvention à l’écriture, à l’édition ou à la promotion, ce qui est pourtant le cas de bien des écritures dites minoritaires ou issues d’une communauté spécifique.

·        La littérature gaie est exclue d’office de toutes les manifestations littéraires ou culturelles, des salons du livre et des festivals, exactement comme si elle n’existait pas, alors que ces manifestations sont souvent subventionnées par l’État, c’est-à-dire à même nos impôts.

Dans tous les cas, la société qui nous entoure fait aujourd’hui exactement comme si la littérature gaie n’existait pas. Notre littérature n’est nulle part. Elle n’est jamais reconnue. Ni en tout, ni en partie. 

En 20 ans, personne dans le monde hors communauté gaie ne s’est encore aperçu de l’existence de ce phénomène qu’est notre littérature. Que d’occasions ratées cela fait ! Si l’homosexualité est un révélateur social, je crois que l’absence de reconnaissance de notre littérature en est une des meilleures preuves. On a vraiment l’impression d’assister au spectacle de deux solitudes, deux mondes qui se côtoient mais ne communiquent pas.

Demandez aux auteurs qui écrivent cette littérature ce qu’ils en pensent. C’est ce que j’ai fait dans le cadre de l’étude Écrire gai. Tous vous parleront de cette souffrance de la mise à l’écart et du sentiment d’injustice qu’ils éprouvent. Demandez aux éditeurs, et même aux lecteurs, ils vous feront probablement la même réponse. Toutes ces années de silence et de non-reconnaissance finissent par devenir pesantes.

Car ne pas être reconnu dans le monde, c’est tout simplement ne pas être reconnu du tout. Cela suscite souvent bien du découragement et de la frustration. Au point que plusieurs auteurs en arrivent à se demander un jour s’ils ont eu raison de faire le choix de la littérature gaie, et s’ils n’auraient peut-être pas dû être plus discrets sur le sujet. Il va sans dire que ce genre de questionnements ouvre tout grand la porte à la fin d’une liberté d’expression durement gagnée et à laquelle aucun auteur ne voudrait réellement renoncer. Mais le silence qui pèse actuellement sur notre littérature finit par devenir étouffant. Il nous renvoie à nos années de honte, alors que nous vivions cachés et dans la peur de l’autre. Plus encore, il nous dit ouvertement que l’homosexualité est encore et toujours perçue comme un tabou, quelque chose dont on a du mal à parler et qu’on préfère garder un peu en marge.

Dans un article paru en décembre 1999, on m’avait demandé d’imaginer ce qu’allait devenir la littérature gaie dans les années 2000. Quel était son avenir? J'avais choisi d'appeler mon texte Les années charnières pour bien montrer qu'en 1999 déjà, la situation était critique et que tout dépendrait de la mobilisation que saurait susciter la littérature gaie dans les années à venir. J’avais écrit que malgré la bonne santé apparente de notre littérature, rien n’était gagné. J’avais conclu en parlant de «porter nos auteurs haut et fort», je dirais aujourd’hui «comme un drapeau». Aujourd'hui, je doute plus que jamais. Nous avons tous encore à l’esprit le célèbre slogan d’Act up : silence = mort. Il en va de même pour notre littérature. C’est une question de survie. Car le silence actuel risque fort de se transformer un jour en véritable baîllon.

Si le traitement qui est réservée à cette littérature peut parfois s’expliquer, il ne se justifie pas pour autant. Si on peut «comprende» les pourquoi et les comment, est-ce une raison pour les accepter? Au bout de 20 ans, ne serait-il pas temps que les choses changent? Alors que la France est en train de devenir une tête de file mondiale dans l’exploration et l’affirmation de la littérature gaie, jusqu’à quand pourra-t-on tolérer une pareille indifférence? C’est à la fois une cruelle injustice et une aberration totale. Certains parleront de mépris.

Aucune société n’a intérêt à faire l’impasse sur une part si importante de son dynamisme culturel. L’ouverture à la littérature gaie ne pourrait qu’être bénéfique pour tous. Les homosexuels lisent et admirent la littérature hétérosexuelle depuis des siècles et ne s’en sont jamais plus mal portés. En quoi l’inverse ne serait-il pas vrai?

Je termine cette communication en lançant un appel à l’union des auteurs gais et des professionnels du livre, en insistant sur la nécessité de mettre en place au plus tôt de réelles mesures pour que notre littérature puisse bénéficier rapidement d’une meilleure visibilié et d’un plus grand rayonnement.

 

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